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Mise à jour : 31 octobre 2014

5ème Regard sur le Cinéma Algérien

Rencontre avec la cinéaste Amal Kateb

Découverte de la nouvelle génération des cinéastes algériens

samedi 18/02/2012 - mis à jour le mercredi 15/02/2012

Sympathique petit bout de femme, Amel Kateb est une cinéaste algérienne pleine de talent. Férue de chant, d’écriture, de théâtre et de cinéma, la réalisation lui devient vitale. Rencontre avec la jeune cinéaste autodidacte à l’occasion de l’évènement 5ème Regard sur le Cinéma Algérien dans la région Languedoc Roussillon.

Forcément, le rendez-vous est pris dans un cinéma d’art et d’essai de Montpellier. Quelques spectateurs ont bravé le froid pour venir voir la projection de quatre courts métrages algériens. "On ne mourra pas", tourné en 2010 est projeté en présence de sa réalisatrice Amal Kateb. Rapidement, un sourire se dessine sur ses lèvres. Une intimité complice propice à la discussion se créée entre la cinéaste et les spectateurs.

Amal Ketab, témoin de son époque

La pimpante Amal se présente. Née à Oran à la fin des années 70, elle grandit en Algérie où elle passe son bac et arrive en France pour suivre des études. « Depuis je n’ai cessé de vivre ici, là bas ou ailleurs. Ce mouvement me tient éveillée et en alerte ». C’est à Grenoble qu’elle entame une licence de psychologie qu’elle abandonnera finalement pour se consacrer entièrement à la passion qui l’anime depuis toute jeune : le théâtre. « J’étais sensible aux mots, aux livres et j’écrivais. J’aimais transformer ce que je voyais ou ressentais en mots » confie la jeune femme avec d’un clin d’œil. « Vivre en France, cela m’a permis de prendre du recul par rapport à la violence de ce quotidien ».

Actrice confirmée, c’est finalement par ce biais qu’elle arrive au cinéma, « assez tard », elle en convient. « J’avais vu très peu de films et je n’en ressentais pas le besoin ». Elle raconte que le déclic se produit lors du récit d’une anecdote racontée par sa tante. Dans les année 90, deux amis se retrouvent autour d’une bouteille de vin mais n’ont pas de tire-bouchon et n’ont pas osé en demander un au voisin. « Cela m’a interpellé comme un objet aussi banal peut être symbole d’une transgression dans ce contexte en Algérie ». C’est de là que vient l’idée de son premier court métrage de fiction “On ne mourra pas”, réalisé en 2010. « Pour moi, c’était un le besoin vital de le réaliser ». Entre la genèse du scénario et la réalisation du film, 10 ans se sont écoulés.

Amel Kateb et Kadder Fares AFFAK {PNG}

Des conditions de tournage "cauchemardesques"

C’est en riant qu’elle nous explique son parcours du combattant. « Je voulais écrire cette histoire mais ne savais pas écrire de scénario ». C’est à la Maison du Film Court à Paris qu’elle suit son premier stage d’écriture scénaristique. « J’ai fait de mes manques une force et j’ai appris ». Assez pour que son scénario obtienne un prix et lui facilite les démarches auprès des producteurs français, au contraire de l’Algérie. « C’était une évidence pour moi de tourner ce film à Oran et dans l’immeuble où j’ai grandi. Il y a un sens à filmer une ville, des gens, un son ».

Toutefois, les galères s’accumulent. Elle décrit un tournage « cauchemardesque » qui lui a demandé une grande ténacité et beaucoup d’énergie. Le premier producteur exécutif algérien a « envoyé le scénario à la sécurité militaire ». Alors que le second a utilisé « tous les moyens de pression imaginables pour me faire taire et que je ne fasse pas le film » : absences d’autorisations locales, de contrat de travail pour l’ensemble de l’équipe et confiscation du matériel. « Nous étions livrés à nous même mais soulagés et totalement déterminés. Faire ce film était devenu notre combat à tous ».

D’autant qu’Amal relève un nouveau défi en tant qu’actrice principale de son film. «  Apprendre à jouer devant une caméra m’a pris du temps pour dénouer les automatismes du théâtre et acquérir un jeu naturel, plus adapté à la caméra ». Ce qu’elle réussit avec une justesse remarquable. Pauline Richard, la programmatrice de la projection en profite pour rappeler qu’Amal Kateb a reçu de nombreuses récompenses pour son film.
Cependant elle ne peut s’empêcher de regretter que son film soit « boycotté par tous les réseaux de diffusion algériens ». « J’avais le désir profond de rencontrer le public algérien » explique la jeune femme un peu frustrée. Son film n’a été projeté qu’une fois dans le cadre d’un festival indépendant à Bejaïa. Elle relativise cependant sa déception, le film était diffusé par France 2 et « tout le monde en Algérie a une parabole pour capter les chaînes française ».

Amal est motivée par un idéal, elle aspire a « un cinéma simple, engagé et poétique » poussée par l’envie de raconter son pays. Elle s’y est attelée dès son premier film documentaire “Ghorba-Légende“ suivi de deux courts documentaires. « Ce n’est pas un moyen de revendication, se défend la jeune femme, je suis le témoin de mon époque où le tragique et le comique s’emmêlent ». Elle admet avoir pris du temps à « trouver une autre langue pour parler de la violence, du sentiment de peur ». Elle trouve la solution dans les techniques de hors champs et du son qui lui permettent de travailler sur l’imaginaire et de faire ressentir au spectateur une ambiance. A propos de l’avenir Amel révèle avoir des idées en tête mais aucun format définit. Elle garde pour ambition majeure de « raconter des histoires ».

Programmation 5ème Regard sur le Cinéma algérien : http://www.filmsdesdeuxrives.com/category/regards-sur-le-cinema-algerien/

Synopsis "On ne mourra pas demain" : Oran. Vendredi. Eté 1994. Après un reportage à Kaboul, Salim revient dans sa ville à l’heure de la prière. Il retrouve Houria, la femme qu’il aime, cachée dans un appartement clandestin. Pour fêter leurs retrouvailles, Salim sort une bouteille de vin, dénichée en Afghanistan. Seulement voilà, Houria n’a pas de tire-bouchon ...

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