Buzz Internet
vendredi 08/01/2010
Jeudi 7 janvier, une palette de couleurs a égaillé la page du réseau social Facebook. Les filles étaient invitées à poster sur le statut la couleur de leur soutien-gorge. Un étrange jeu viral a contaminé tout le reseau et rendu fou un bon nombre de garçons.
"Noir", "Rouge", "Rose", "j’en ai pas".
Affichez la couleur de votre soutien-gorge sur Internet ! Facebook, le réseau social référence du 21ème siècle, a été hier soir le témoin d’un curieux jeu de dentelles. En l’espace de quelques heures, des dizaines de milliers de filles inscrites sur Facebook ont massivement relayé le buzz par messages internes : « C’est un petit jeu !! Tu écris la couleur de ton soutif dans ton statut...mais juste la couleur et rien d’autre !! Ensuite tu envoies ce message à des FILLES UNIQUEMENT !! C’est une manière de donner un coup de pouce au mouvement pour la prévention du cancer...et surtout ce sera drôle de voir combien de temps ça prendra pour que les mecs se demandent pourquoi toutes les filles ont une couleur en statut... » Ce matin, de nombreux blogs ont relayés cette attaque virale, relatant notamment le désarroi des hommes face à ce qu’ils ont cru prendre pour un attentat féministe. Devant cette avalanche de statuts mystérieux, des groupes de soutien ont été créés. En 24 heures, la communauté “Jeudi 7 janvier, les filles viennent de découvrir les couleurs” comptait plus de 37 000 membres.
Lutter contre le cancer du sein
Si tant de femmes agitent spontanément leur soutifs, c’est pour soulever les consciences autour du cancer du sein. Une campagne de communication qui laisse plutôt perplexe les association de lutte contre le cancer qui n’étaient pas au courant de l’opération. « Ramener la lutte contre le cancer, au soutien-gorge c’est aller vite en besogne. » s’étonne une responsable de la Ligue contre le cancer de Montpellier. La méfiance est d’autant plus grande qu’avec Internet, il est facile de détourner l’objectif : celui de parler de la maladie. Selon le Comité féminin de l’Hérault, le « problème avec le cancer du sein, à l’inverse d’autre maladie comme le SIDA, c’est que l’on ne peut pas faire de prévention, on ne peut pas dire aux gens ce qu’il faut faire pour ne pas l’avoir. La seule possibilité reste le dépistage, et là encore pour sauver des vies tout dépend de la taille de la tumeur. Donc, il fait s’y prendre le plus tôt possible. »” explique Nicole Brahier, la secretaire générale de l’association.
Se mobiliser jusqu’au bout
En France, le cancer du sein touche 1 femme sur 9 dont les trois quarts chez des femmes de plus de 50 ans. Un dépistage gratuit, par mammographie, est proposé tous les 2 ans à toutes les Françaises de 50 à 74 ans. Un fléau en constante augmentation avec 42 000 nouveaux cas décelés par an. « Sur le terrain, quand on parle avec les femmes, elles savent plein de choses sur le cancer du sein. Mais on se rend compte que le souci c’est qu’elles ont peur de se rendre dans un centre de dépistage. » ajoute Nicole Brahier. L’information et la communication sont d’autant plus importantes que cette maladie représente aujourd’hui un véritable enjeu de société, puisqu’elle est la principale cause de mortalité chez la femme entre 35 et 65 ans. Vendredi dernier, le monde artistique était ébranlé par la disparition à l’âge de 37 ans de la chanteuse américo-mexicaine Lhasa de Sela des suites d’un cancer du sein. « Nous nous battons pour un dépistage systématique, qu’il soit par exemple intégré dans la médecine du travail. La sensibilisation doit se faire sur le dépistage. Alors ce qui serait intéressant et efficace, c’est que ces jeunes filles qui s’expriment sur la couleurs de leurs sous-vêtements, se mobilisent jusqu’au bout, c’est-à-dire en allant convaincre leur mère de faire le dépistage. » conclut la responsable de l’association.
Mission accomplie donc pour l’effet de surprise et de curiosité. En attendant, si l’origine du mouvement reste inconnue, on peut s’attendre à voir des couleurs et pléthore de parodies peu subtiles défiler pendant tout le week-end sur Facebook.